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A l'orée de la « Next Gen », les développeurs prennent de moins en moins de risques et se contentent très souvent de rentabiliser leur licence phare. Si cela n'est pas forcément un gage de médiocrité... GTA IV, Ninja Gaiden II, Metal Gear IV, en sont de parfaites illustrations printanières. Toutefois, il arrive que le monde des jeux vidéo soit bousculé par des titres uniques, inspirés, comme The World Ends With You. Ici, pas de suite à rallonge ni de principes érodés par les âges, seulement de la nouveauté et QUELLE NOUVEAUTE ! Sortez vos plus belles sapes car le soft de SQUARE ENIX s'est mis sur son 31.

Un long fleuve pas si tranquille

Image_1 82Je sais, je sais, au départ ça paraît bien bordélique...
Je sais, je sais, au départ ça paraît bien bordélique...

Fan de J-POP et de graffiti, Neku Sakuraba est un adolescent de quinze ans régit par des émotions néfastes. Pour lui, l’être humain n’est qu’une créature abjecte qui obscurcie son horizon.
Cependant, son idylle solitaire va brusquement vaciller lorsque le jeune associable se réveille en plein milieu du Scramble Crossing, le quartier le plus agité de Shibuya, sans en comprendre les raisons. Mais le plus étonnant provient de ce badge noir orné d’un symbole tribal qu’il trouve à ses côtés. Très mystérieux, ce dernier lui permet de sonder les esprits et ainsi connaître les secrets des personnes qui l’entourent.

Perdu dans cet enfer urbain, Neku n’a pas le temps de récupérer ses esprits qu’il reçoit un message sur son téléphone portable : Rends-toi au pied de l’immeuble 104 en moins de soixante minutes ou tu seras effacé. Un compteur apparaît alors sur la paume de sa main et chaque seconde qui s’égraine le rapproche désormais de la mort. Seul face à ce destin, Neku ne va avoir d’autres alternatives que de s’associer à Shiki, une jeune fille férue de mode, dont le sourire enjôleur cache un lourd fardeau.

Prisonnier de cette course contre la mort, les deux nouveaux compères doivent à présent affronter les Reapers, sorte de gardiens divins aux pouvoirs hors du commun, qui dominent ce monde étrange et sans vie.
Mais qui sont ces hommes ? Pour quelles raisons condamnent-t-ils les deux protagonistes à jouer leur vie ? Et surtout, pourquoi Neku souffre-t-il d’amnésie ?

Shibuya Hearts

Image_2 80Neku en proie à son pire cauchemar : les bains de foule
Neku en proie à son pire cauchemar : les bains de foule

Plongé dans un univers artistique à mi-chemin entre Jet Set Radio et Kingdom Hearts, The World Ends With You arbore un panorama moderne et conceptuel du quartier de Shibuya, haut lieu de la jeunesse nipponne. Ledit quartier est d’ailleurs retranscrit avec une exactitude remarquable par Tetsuya Nomura (dont le talent s’est déjà illustré sur Final Fantasy VI et VII, Parasite Eve, Brave Fencer Musashi...), offrant un réel dépaysement aux joueurs occidentaux.

En marge de ce voyage vidéo ludique, il faut bien reconnaître que le soft souffre d’un relatif manque de liberté et d’un dirigisme exacerbé. Impossible d’explorer la ville à sa guise, il faudra obligatoirement subir la doctrine des Reapers qui reviennent quotidiennement hanter le joueur. En effet, chaque début de journée est ponctué par un SMS indiquant la mission du jour.

Dès lors, un seul et unique chemin deviendra accessible pour rejoindre le lieu, protégé par des murs invisibles qu’il convient de détruire en réussissant divers sacerdoces : éliminer l’ensemble des ennemis de la zone, porter un style de vêtement en particulier ou encore terrasser un boss. Une fois ces diverses tâches accomplies, l’histoire suivra son cours et un nouveau jour pourra commencer avec un énième SMS.

Néanmoins, ne voyez aucun affront à ce rouage récurent car le titre de Jupiter est pétri de qualités et jouit d’une profondeur mise en valeur par une multitude de principes novateurs. Alors certes, l’aspect fashion hyper stylé ne plaira pas à tous les joueurs, mais force est de reconnaître que l’ensemble apporte une incroyable bouffée d’oxygène dans le monde des RPG.

Plus classe que ca, t’es mort !

Image_3 80Le portable de Neku indique les tendances et sert d’interface
Le portable de Neku indique les tendances et sert d’interface

Imprégnée de la culture « Hype », la mode tient un rôle prépondérant dans le gameplay et influence avec élégance les caractéristiques des héros. Bien au delà du simple équipement habituel dans un jeu de rôle où seule la défense importe, il faut ici choisir avec intelligence son style vestimentaire. Porter un Jeans avec une chemise à fleur est une faute de goût impardonnable et les statistiques offensives s’en ressentiront. Ayez plutôt l’air classe avec des ensembles harmonieux designer par « Natural Puppy » ou « J of the M », conférant des bonus de vitesse et de puissance !

Dans le même acabit, les badges, au nombre impressionnant de 300, possèdent également des ressources surprenantes. A l’instar des Materias de Final Fantasy VII, ces derniers procurent des pouvoirs incommensurables à leur possesseur. Heureusement, chaque accoutrement peut en recevoir plusieurs afin de constituer des « Decks » puissants qui pourront s’adapter à toutes les situations.

Cette gestion constante est d’ailleurs mise en exergue par des développeurs qui ont poussé le vice de la mode à son paroxysme en intégrant un système de « Charts », imposant diverses restrictions. Par exemple, dans le Station Underpass, les badges Mus Rattus voient leur attaque doublée tandis que les Hip Snake souffrent d’un malus conséquent. Pour remporter la victoire, il faudra donc jongler judicieusement avec les bonus liés aux tendances cosmopolites. Toutefois, il est possible d’influencer ces facteurs en utilisant de manière répétée les badges dans certaines zones pour bouleverser les « Tops Charts » et ainsi les rendre plus puissant.

Mais encore une fois, The World Ends With You continue de surprendre en collant le plus possible à la réalité. En perpétuelle évolution, la mode suit la fluctuation des goûts de la population. C’est donc sans surprise que les « Charts » changent régulièrement au cours de la partie. Il conviendra subséquemment de se tenir au courant des changements car les artifices vedettes du joueur ne seront pas toujours ceux du grand public.

Chaque zone impose a fortiori une gestion drastique de l’équipement et tend parfois à rappeler le principe des MMORPG, dont la géopolitique est en constante variation. Une performance remarquable pour un soft DS.

Apprend à connaître ton partenaire

Image_4 75Une furie coopérative avec Joshua, la grande classe
Une furie coopérative avec Joshua, la grande classe

Véritable ode au raffinement artistique, le titre de Square Enix n’en demeure pas moins un Action RPG qui propulse les deux héros dans des combats acharnés et explosifs. Note d’originalité, les rixes se déroulent simultanément sur les deux écrans de la portable de Nintendo.
Sur la partie inférieure, Neku se dirige au stylet et invoque ses pouvoirs grâce aux fonctionnalités de l’écran tactile. Une palette très vaste de mouvements est d’ailleurs disponible, léchée par une jouabilité impeccable. Gratter, tapoter, tracer, balayer, trancher, crier, souffler, autant de gestes qui ne surchargent jamais le gameplay, pour un plaisir de jeu non dissimulé. Bien évidemment, le bourrinage est prohibé par un système de recharge des pouvoirs, insufflant par la même occasion une dimension tactique à ce monde de brutes.

Pendant que vous lacérez joyeusement l’écran de la DS avec le stylet, il faut contrôler son partenaire à l’aide de la croix directionnelle et créer des vagues de combos sur l’écran supérieur. En respectant les séries indiquées (Haut, Bas, Gauche, Droite...), Shiki engrange des symboles qui permettent de lancer des attaques spéciales. Plusieurs niveaux de furies coopératives se débloquent alors selon la rapidité avec laquelle les actions sont effectuées. Notons d’ailleurs que le système de combo varie selon le comparse de Neku. Joshua, expert en calcul, doit faire des suites numéraires en respectant des consignes mathématiques. Beat quant à lui, bien moins porté sur la réflexion et adorateur du hasard, doit réunir des cartes dans une sorte de poker de la mort. Plus la valeur de sa main est élevée, plus la furie sera violente.

Pour corser le tout, un orbe lumineux circule d’un écran à l’autre afin d’augmenter la puissance des badges et demande de garder un certain rythme d’attaque. Calme et dextérité seront sans conteste les maîtres mots pour terrasser les âmes belliqueuses.

Si de prime abord, la synchronisation tactile et visuelle paraît complexe, le tout devient plus clair au fils des heures. Dès lors, les combats atteindront une sphère jubilatoire dont il sera bien difficile de décrocher.

Le quartier aux trésors

Image_5 78Même les plus faignants seront récompensés !
Même les plus faignants seront récompensés !

Comme si ce n’était pas encore suffisant, le soft se targue d’une tonne de petits plus qui viennent densifier une durée de vie des plus conséquentes, puisqu’il faudra une cinquantaine d’heures pour en arracher toutes les finesses. Outre les quatre niveaux de difficulté paramétrables à tout moment, il est possible de régler le niveau des héros. Ce principe, un peu déconcertant, quantifie la probabilité des « drops » pour trouver les badges et les matériaux les plus rares.

Les équipements uniques nécessitent quant à eux de développer des liens avec les vendeurs des échoppes pour obtenir des recettes de création. Il faudra alors récolter tous les matériaux requis afin de crafter le sésame tant convoité.

Vous l’aurez compris, le soft de Jupiter est une insondable boîte de Pandore et nombre de lignes serait nécessaire pour énumérer la totalité de ces moult qualités. Chaque élément a été pensé avec soin et même la nourriture bénéficie d’une gestion particulière prenant en charge la digestion et l’assimilation des qualités nutritives au fil de la journée. Bien entendu, il sera impossible de gaver son héros pour le rendre indestructible. En guise d’apothéose, un mini jeu similaire au principe des Pogs (enfance quand tu nous tiens....) est jouable en mutlijoueur via les fonctionnalités Wifi et procure d’agréables sensations si l’on adhère au principe...

Conclure un test aussi dithyrambique est un arrache-cœur mais toutes les bonnes choses ont malheureusement une fin. On pourra cependant affirmer sans vaciller : The World Ends With You est un titre unique, bourré de qualités, que tout fan de RPG se doit d’essayer sous peine de passer à côté d’une merveille conceptuelle qui traite avec maturité l’instinct de survie des êtres humains face à la grande faucheuse.

GRAPHISMES
Tetsuya Nomura livre encore un travail de haut de gamme qui arrache les tripes de la petite console de Nintendo en proposant des tableaux modernes 2D de Shibuya. Certes les personnages pixélisent un peu durant les phases d’exploration mais au vu du nombre incroyable de sprites affichés à l’écran, on ne peut que saluer une telle performance. Bien évidemment, tous ceux qui ont joué à Kingdom Hearts ne pourront s’empêcher d’éprouver un sentiment de déjà vu. Mais peut-on considérer ce détail comme un mauvais point tant le chara-design a la classe ?
GAMEPLAY
Linéaire dans son déroulement, le soft bénéficie de phases de combats qui exploitent avec talent l’intégralité des fonctionnalités tactiles de la DS. Gratinez le tout d’une jouabilité impeccable qui répond au stylet et à l’œil pour obtenir un jeu dynamique et vaste qui recèle de secrets. Les développeurs ont même songé aux joueurs les moins assidus puisque l’expérience s’accumule pendant que la console est éteinte et évite aux « casual gamers » d’être rebutés par le level-up intensif lié au RPG. Le seul bémol viendra de l’absence d’une traduction française. Oui… il faudra se contenter de la version américaine du jeu, ce qui peut être une réelle barrière pour les personnes non aguerries à la langue de Shakespeare.
DURÉE DE VIE
Une vingtaine d’heures sera nécessaire pour venir à bout de la trame principale. Par contre, la mise au niveau maximum de tous les badges, la création des objets uniques, la collecte de la garde robe ultime ainsi que la quête des rapports secrets demanderont bien trente heures de plus. Sans compter le niveau de difficulté ultime….
SON
Si l’on oublie sans aucune difficulté les quelques bribes de doublage anglais qui reviennent ponctuellement au cours des dialogues, l’excellente bande son J-PoP livrée par Takeharu Ishimoto, (en association avec des artistes de renom comme Jyongri) est un régal pour les tympans. La condition sine qua non étant d’aimer ce genre de sonorités…
Note des lecteurs :
- /20

Voilà bien longtemps qu’un RPG n’avait pas proposé un univers si unique et rafraîchissant. Dynamique, inventif, artistique, The world Ends With You collectionne les superlatifs sans pour autant devenir rébarbatif au fil des heures. On pourra toujours lui reprocher une certaine linéarité dans son déroulement, mais ce léger défaut est très vite balayé par la profondeur des combats au stylet et la multitude de secrets qui foisonnent dans les quartiers de Shibuya. Une réussite absolue ! Espérons seulement que vous êtes prêt pour le voyage, car nous n’en sommes toujours pas revenus.

-Des combats hyper dynamiques
-Jouabilité au stylet sans faille
-Durée de vie conséquente
-300 badges !!
-Un « chara-design » signé Nomura
-Un univers fashion unique…
- … qui ne plaira pas à tous
- Pas de traduction française
-Un brin trop linéaire
> Test The World Ends With You écrit par Mugi et mis en ligne le 3 juin 2008
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